Quand l’intelligence géospatiale veille sur nos toits : détecter à distance les cheminées non conformes pour prévenir les risques

Quand l’intelligence géospatiale veille sur nos toits : détecter à distance les cheminées non conformes pour prévenir les risques
Cheminées hors normes DTU 24.1 : détecter les non-conformités à grande échelle, sans visite de terrain | Siradel
628 cheminées
recensées
85 % non conformes
(règle 8 m)
89 % précision
écarts forts
0 visite terrain
nécessaire
Résumé exécutif

Sur un secteur résidentiel de Toulouse, 628 cheminées ont été identifiées et 404 analysées au regard de la règle des 8 mètres de la norme DTU 24.1. 342 d'entre elles (85 %) ne respectent pas cette règle. Le diagnostic a été produit en quelques jours à partir des données LiDAR HD de l'IGN (open data) et d'un modèle de classification Siradel entraîné sur des données terrain, sans aucune visite physique. Au-delà du cas d'usage, l'enjeu est plus large : dans un pays où un incendie domestique se déclare toutes les deux minutes, la capacité à diagnostiquer à distance la conformité d'un parc bâti ouvre une voie nouvelle pour la prévention — et pour tous les métiers du bâtiment.

Pourquoi ce sujet mérite qu'on s'y attarde

Un risque de fond, chiffré et sous-estimé

Le chauffage au bois est un mode de chauffage représentatif en France. D'après l'ADEME (étude Situation du chauffage domestique au bois en 2022-2023, juin 2024), 7,5 millions de résidences principales y ont recours — soit le quart des résidences principales françaises et 43 % des maisons individuelles —, ce qui en fait la première source d'énergie renouvelable consommée dans le pays.

Quelques repères factuels :

  • Plus de 250 000 incendies domestiques sont recensés chaque année en France — soit un incendie toutes les deux minutes —, selon les données du ministère de l'Intérieur (INPES). Ces sinistres représentent environ 460 décès et 10 000 blessés par an.
  • Les conduits de cheminées et feux de cheminée comptent pour une part variable selon les territoires — entre 5 et 15 % des incendies domestiques selon les départements et la saison, avec des écarts marqués entre zones urbaines et rurales. La cartographie départementale publiée sur data.gouv.fr (2023) permet de consulter les données locales.
  • Les sapeurs-pompiers ont réalisé 4 754 800 interventions en 2024 (DGSCGC, édition 2025), dont une part significative pour des feux d'habitation*.
  • Au-delà du feu, les installations défectueuses sont un vecteur d'intoxication au monoxyde de carbone (CO) : environ 3 000 intoxications accidentelles par an, dont près de 1 000 hospitalisations et une centaine de décès (Santé publique France). Le CO est la première cause de mortalité par intoxication toxique accidentelle en France — et provient de toute combustion incomplète : chaudières, poêles, cheminées, chauffe-eau, groupes électrogènes confondus.
*Note méthodologique Il n'existe pas à ce jour de publication officielle de la DGSCGC consolidant un taux national unique pour les feux de cheminée. Les chiffres varient selon la source (5 % à 15 %) et le périmètre géographique. Pour une analyse locale, la cartographie départementale de data.gouv.fr est la référence la plus granulaire disponible.

Ces chiffres dessinent une sinistralité de fond, régulière, hivernale, et largement évitable. La majorité des feux de cheminée et des intoxications au CO sont liés à des défauts d'entretien ou à des non-conformités structurelles — conduits mal dimensionnés, hauteurs insuffisantes, obstacles dans le rayon réglementaire — que la norme DTU 24.1 a précisément vocation à prévenir.

L'angle réglementaire : la norme DTU 24.1, claire mais difficile à vérifier

La norme NF DTU 24.1 (mise à jour en septembre 2020) encadre la conception et l'installation des conduits de fumée. Elle pose deux règles de hauteur complémentaires :

  • La règle des 40 centimètres : le débouché du conduit doit dépasser d'au moins 40 cm le faîtage du toit et tout obstacle dans un rayon de 8 mètres.
  • La règle des 8 mètres (celle testée dans cette étude) : aucun obstacle (bâtiment voisin, végétation, équipement technique) ne doit se trouver plus haut que le débouché dans ce rayon. Pour les toitures à faible pente (≤ 15°) ou les toits-terrasses, une hauteur minimale de 1,20 m est recommandée.

La logique physique est simple : un conduit mal dimensionné génère un mauvais tirage, des refoulements de fumée, et dans les cas les plus sérieux, une accumulation de gaz.

Le problème n'est donc pas la réglementation — elle est précise. Le problème, c'est sa vérification à grande échelle. Contrôler la conformité d'une cheminée exige une visite physique sur le toit. Sur un bâtiment, c'est faisable. Sur une ville entière, c'est hors de portée. L'imagerie 2D permet de localiser des structures sur un toit, mais pas de mesurer leur hauteur avec la précision de quelques dizaines de centimètres que requiert la DTU 24.1. Pour franchir ce seuil, il faut de la donnée 3D.


La méthode : LiDAR HD + IA, sans monter sur les toits

Le LiDAR HD IGN : des données 3D inédites en open data

Depuis 2021, l'IGN déploie un programme national de cartographie LiDAR haute densité du territoire métropolitain. Le principe : un avion survole une zone et émet des millions d'impulsions laser par seconde. Le temps de retour de chaque impulsion permet de calculer la position 3D précise de chaque point réfléchi — sol, végétation, toitures, éléments verticaux. La densité visée est de 10 points par mètre carré minimum, avec une précision altimétrique de quelques centimètres.

À cette densité, le nuage de points permet de distinguer une cheminée d'une antenne TV, de mesurer la hauteur d'un conduit par rapport au faîtage voisin, et d'identifier les obstacles dans un rayon donné — sans qu'un technicien ait à monter sur un toit. Les données sont disponibles en open data. L'objectif de l'IGN est une couverture métropolitaine complète d'ici fin 2026.

Source de donnéesRésolutionCouverture actuelleDisponibilité
LiDAR HD IGN≥ 10 pts/m² · cm altimétrique~85 % de la France métropolitaineOpen data
PCRS (images aériennes)< 10 cm au solPartielle — grandes agglomérationsVia collectivités
MNS (Modèle Numérique de Surface)Précision altimétrique cmIdem LiDAR HDOpen data IGN
Cadastre / BDNB / DPEDonnées attributaires bâtimentFrance entièreOpen data / ADEME

Du nuage de points au diagnostic : le pipeline de traitement

01
Téléchargement des données. Les tuiles LiDAR couvrant la zone d'étude sont récupérées automatiquement, avec le Modèle Numérique de Surface (MNS) et les orthophotographies haute résolution associées.
02
Détection et classification par IA. Le modèle AL16 de Siradel analyse le nuage de points pour identifier chaque cheminée. L'enjeu est la discrimination : antennes TV, VMC, sorties de cage d'escalier, extracteurs ont des signatures géométriques proches.
03
Filtrage géométrique — le seuil de 50 cm. Les cheminées dont la section au sol est inférieure à 50 cm de côté ont été écartées. En dessous de ce gabarit, la densité de points LiDAR ne permet pas une mesure fiable de la hauteur relative du débouché. Sur 628 cheminées identifiées, 404 ont été retenues.
04
Mesure de conformité. Pour chacune des 404 cheminées, l'algorithme analyse le nuage de points dans un rayon de 8 mètres centré sur le débouché. Si au moins un obstacle dépasse cette hauteur, la cheminée est classée non conforme. L'écart vertical détermine la catégorie : léger (< 1 m), moyen (1 à 3 m) ou fort (> 3 m).
05
Croisement et livrables. Chaque position de cheminée est croisée avec la Base Adresse Nationale, le cadastre, la BDNB et les données DPE. Le pipeline produit des points géolocalisés avec vues de rue, une carte de densité, des statistiques par quartier et des fiches individuelles d'inspection.

Méthode complémentaire : images PCRS + modèle d'élévation

Dans les agglomérations disposant d'images PCRS (Plan de Corps de Rue Simplifié), une seconde approche combine la détection sur image aérienne avec le MNS LiDAR. Elle constitue un contrôle croisé utile pour les cas ambigus et offre une attribution de coordonnées plus fine. Les images PCRS sont actuellement disponibles sur 7 agglomérations : Toulouse, Bordeaux, Lyon, Nantes, Nice, Mulhouse et les Hauts-de-Seine.


Ce que révèle l'analyse de 628 cheminées à Toulouse

L'étude pilote porte sur un secteur résidentiel de Toulouse — architecture dense en brique, toitures à faible pente, mixité typologique entre pavillons, immeubles collectifs et copropriétés — représentatif du tissu urbain français des années 1950–1980. L'étude applique uniquement la règle des 8 mètres ; les résultats ne reflètent donc qu'une partie du périmètre DTU 24.1.

Interface Smart City Explorer — carte de conformité des cheminées sur Toulouse
CatégorieNombre% des 404 retenues
Cheminées identifiées (total)628
Retenues pour analyse (section > 50 cm)404100 %
Conformes — règle des 8 m respectée6215 %
Non conformes — écart léger (< 1 m)11829 %
Non conformes — écart moyen (1 à 3 m)14837 %
Non conformes — écart fort (> 3 m)7619 %
Total non conformes34285 %
Conformes62 — 15 %
Écart léger (< 1 m)118 — 29 %
Écart moyen (1 à 3 m)148 — 37 %
Écart fort (> 3 m)76 — 19 %

Seulement 62 des 404 cheminées — soit 15 % — respectent la règle des 8 mètres. Ce taux de 85 % de non conformité mérite une lecture nuancée : il ne signifie pas que 85 % des installations présentent un danger immédiat. Une cheminée en écart léger peut fonctionner normalement dans beaucoup de configurations. Ce que le chiffre révèle, c'est que l'immense majorité du parc n'est pas en conformité stricte — et que cette information était jusqu'ici inaccessible sans inspection systématique.

Précision du modèle : pourquoi on se concentre sur les 76 cas d'écart fort

La mesure de précision porte exclusivement sur les 76 cheminées en écart fort (> 3 m). Non parce que cette catégorie est la seule importante, mais parce que c'est la seule sur laquelle une vérité terrain fiable et mesurable a pu être construite. Pour les écarts légers et moyens, les incertitudes de mesure dans le nuage de points sont du même ordre de grandeur que les seuils de tolérance. Sur les écarts forts, le signal est net : un obstacle à 4 mètres au-dessus du débouché ne peut pas être un artefact de mesure.

Sur ces 76 cas, le modèle en identifie correctement 68 — soit une précision de 89 %. Les 8 fausses détections (11 %) proviennent de points de bruit dans le nuage LiDAR et d'antennes de télévision dont la silhouette ressemble à celle d'un conduit.

Nature des obstacles et type de remédiation

Type d'obstacleNb de casType de remédiation
Bâtiment voisin plus élevé40Rehaussement significatif — cas complexes
Végétation haute11Élagage ou abattage — cas simples
Obstacle non classifié25Vérification terrain avant décision
Identifier si une non-conformité est liée à un bâtiment (intervention lourde), à de la végétation (élagage) ou à un obstacle non identifié (vérification sur site) transforme une liste de problèmes en une liste d'actions priorisées — sans déplacement préalable.

Ce que l'étude ne couvre pas

Toute étude pilote a des limites. Les assumer clairement est la condition pour que les résultats soient utilisables.

  • La règle des 40 cm et celle des acrotères pour les toits plats n'ont pas été testées. Les 85 % de non-conformité ne reflètent qu'une partie du périmètre DTU 24.1.
  • Les 224 cheminées écartées (628 identifiées moins 404 retenues) sont documentées dans les livrables, mais sans analyse de conformité. Le seuil de 50 cm est une contrainte de densité du nuage de points, amenée à s'abaisser dans les prochaines itérations.
  • Les 25 cas d'obstacle non classifié nécessitent une vérification terrain. La donnée automatisée est un premier filtre, pas un substitut à l'expertise sur site.
  • La couverture LiDAR HD IGN n'est pas encore totale. Le déploiement progressif jusqu'à fin 2026 élargira mécaniquement le périmètre d'application.

Inspection physique vs analyse LiDAR + IA : complémentarité, pas opposition

CritèreInspection physique classiqueAnalyse LiDAR + IA
CouverturePartielle (par sondage)Exhaustive sur zone couverte LiDAR
Délai de productionPlusieurs semainesQuelques jours
Coût marginal par cheminéeÉlevé (déplacement + technicien)Faible (données open data)
Précision — écart fort (> 3 m)Référence si bien exécutée89 % (pilote Toulouse)
Précision — écart léger / moyenRéférence si bien exécutéeNon mesurée sur ce périmètre
ScalabilitéLimitée par les ressources humainesÉlevée (traitement automatisé)
Mise à jourPonctuelle (campagne dédiée)Réplicable à chaque maj LiDAR

La méthode automatisée n'est pas plus précise qu'une inspection bien conduite — elle est radicalement plus scalable. Sur un parc de 10 000 cheminées, une inspection physique exhaustive n'est pas économiquement envisageable. Ce qu'elle produit, c'est la capacité de concentrer les ressources terrain là où elles sont véritablement nécessaires.

Ordre de grandeur économique
50 – 400 € Coût unitaire d'un diagnostic physique (ramonage simple à inspection DTU complète)
≈ 0 € Coût marginal par cheminée supplémentaire une fois le pipeline LiDAR déployé
Plusieurs semaines Coordination logistique pour 400+ cheminées physiques (RDV, accès toitures, EPI)
Quelques jours Production d'un diagnostic LiDAR + IA sur la totalité d'une zone couverte

Estimations marché. Le coût exact varie selon la configuration et la prestation.


Au-delà des cheminées : mesurer à distance, un changement de paradigme

Le cas des cheminées est emblématique, mais il n'est qu'un point d'entrée. La logique sous-jacente — données 3D haute résolution, modèle de classification entraîné, référentiel normatif — est transposable à de nombreux autres enjeux du bâti : conformité d'antennes-relais, détection de constructions non déclarées, diagnostic énergétique à grande échelle, analyse de vulnérabilité aux risques naturels, calcul de potentiel solaire sur les toitures, gestion patrimoniale.

Ce qui change techniquement, c'est la capacité à mesurer sans se déplacer, avec une précision compatible avec les contraintes réglementaires. Ce qui change économiquement, c'est le coût marginal d'un diagnostic supplémentaire, qui devient quasi nul une fois le pipeline en place.

Mesurer sans monter : un enjeu humain au-delà de la conformité
1 sur 5 Accidents mortels dans le BTP liés à une chute de hauteur (Cnam, 2021)
40 % De ces accidents concernent les métiers de la charpente-couverture (OPPBTP)
4 mois Arrêt de travail moyen après une chute (vs 2,5 mois — autres accidents)

Le contrôle physique des cheminées suppose presque toujours une intervention en toiture. Or les chutes de hauteur restent la première cause d'accidents graves et mortels dans le BTP — un accident mortel sur cinq dans le secteur. Une chute sur deux est liée à une rupture de toiture fragile ou à un défaut d'équipement de protection collective.

Réduire la nécessité d'accéder physiquement aux toits pour des opérations de mesure ou de diagnostic — quand la donnée 3D le permet — n'est pas qu'un argument économique. C'est aussi une réponse concrète à un enjeu de prévention identifié et chiffré par les acteurs de la santé au travail.

Sources : OPPBTP — Campagne chutes de hauteur, mai 2024 · Assurance Maladie / Cnam — Rapport annuel AT/MP 2021.

Pour les métiers du bâtiment — architectes, bureaux d'études, géomètres, gestionnaires, assureurs, collectivités —, cela ouvre une voie pragmatique : utiliser l'analyse géospatiale comme premier filtre, puis concentrer l'intervention humaine sur les cas où elle apporte une vraie valeur ajoutée.


En conclusion : de l'invisible au mesurable

Sur Toulouse, l'étude a permis de savoir que 342 cheminées sur 404 ne respectent pas la règle des 8 mètres. Ce chiffre n'était pas connu avant l'analyse. Il l'est maintenant — enrichi d'une adresse, de coordonnées géographiques, d'un niveau de criticité et, pour la majorité des cas, de la nature de l'obstacle à l'origine de la non-conformité.

C'est cette transformation — de l'invisible au mesurable, du mesurable à l'actionnable — qui définit l'utilité de l'approche. Pour les 7,5 millions de résidences principales qui se chauffent au bois, pour les copropriétés qui gèrent un parc parfois ancien, pour les assureurs qui couvrent ce risque, pour les collectivités qui cherchent à concilier qualité de l'air et sécurité du bâti, l'intelligence géospatiale 3D offre un levier de prévention à la fois plus large et plus économe que les méthodes traditionnelles.

Le LiDAR HD de l'IGN constitue un socle de données inédit pour le territoire français. Ce qui change, ce n'est pas la réglementation — elle existait. C'est la capacité à la vérifier à l'échelle.

Nous travaillons sur votre territoire

Siradel fournit des analyses géospatiales sur mesure pour les acteurs de la gestion immobilière, de l'assurance, de la planification territoriale et des métiers du bâtiment.

Sources et références

Étude Siradel
  • Étude interne « 2026_02_10_Conformite_Cheminees.pdf », Sébastien Benitez, Siradel, 2026.
Données et programmes officiels
  • IGN — Programme LiDAR HD : ign.fr
  • IGN — Suivi de la diffusion LiDAR HD (carte temps réel) : macarte.ign.fr
  • data.gouv.fr — Cartographie des feux de cheminée par département (2023) : data.gouv.fr
Statistiques incendie et secours
  • Ministère de l'Intérieur (DGSCGC) — Statistiques 2024 des services d'incendie et de secours, édition 2025.
  • INPES — Statistiques incendies domestiques : 250 000/an, 460 décès, ~10 000 blessés.
Chauffage au bois
  • ADEME — Situation du chauffage domestique au bois en 2022-2023, juin 2024. (7,5 M résidences principales, 25 % du total, 43 % des maisons individuelles.)
Monoxyde de carbone
  • Santé publique France — Surveillance des intoxications au CO : ~3 000 intoxiqués/an, ~1 000 hospitalisations, ~100 décès (toutes sources de combustion confondues). santepubliquefrance.fr
Réglementation
  • Norme NF DTU 24.1 — Travaux de fumisterie, mise à jour septembre 2020, AFNOR.
  • Code général des collectivités territoriales, art. L2213-26 (obligation de ramonage).
Sécurité au travail — BTP
  • OPPBTP — Dossier de presse Campagne chutes de hauteur, mai 2024.
  • Assurance Maladie / Cnam — Rapport annuel AT/MP 2021.
Related Posts